Interview de Will Fondateur du site Urbanbeat.fr

15 September 2011

Beatmakers, Beatmakeuses,

Aujourd’hui, je vous propose de découvrir le portrait d’un autre hip-hop entrepreuneur : le fondateur du site urbanbeat.fr

Enter Will…

Kasper: Peux-tu te présenter ?
Will: Bonjour, je suis Will le Fondateur d’UrbanBeat, j’ai 34 ans et originaire de Grande Bretagne. Je suis beatmaker de coeur.

K: Comment est née l’idée de urbanbeat ?
W: Ayant moi-même produit des sons pendant pas mal d’années, je souhaitais, à l’origine de ce projet, offrir aux beatmakers comme moi la possibilité de vendre/placer leurs instrus en dehors de leur réseau habituel. Le but était d’éliminer les barrières géographiques, et de simplifier la démarche de création et de distribution, afin que ceux qui sont loin des grandes villes « musicales » (comme Paris, Lyon, Bordeaux, Marseille par exemple…) puissent tout de même se faire connaître. C’était donc une alternative inédite pour ceux qui souhaitaient faire de leurs musiques un business grâce à internet.
Faut pas oublier que, il y a 5 ans, Myspace débutait et Facebook n’existait même pas !

Par la suite on a souhaité proposer aux Artistes des options variées sur le choix des instrus, en leur permettant par exemple de chercher un type de son bien particulier à partir du site. Bien sûr quand tu rappes ou chantes t’as toujours un pote dans ton entourage qui fait des beats, mais quand tu prépares un album où tu t’investis réellement c’est quand même bien de pouvoir varier les sonorités et les styles. Et puis ton pote il fait peut être du Crunk, alors que toi t’es plutôt Gangsta et Rap Français. UrbanBeat leur permettait donc de pouvoir chercher un type de beat précis plutôt que de prendre ce qu’on leur donnait. Aujourd’hui avec le nouveau site l’idée est surtout d’aider les MC’s indés à faire le “Do It Yourself” de manière propre et carré avec la vente de Singles et d’Albums enligne. Maintenant la question c’est est-ce qu’ils vont suivre…

K: Peux-tu détailler les étapes de la création ?
W: Idée – en parler aux potes – laisser tomber ? – Persévérer – Business plan – Re-Business plan – études de marché dans la street (sisi on l’a fait) – RDV banques – Chambre de Commerce – Paperasseries – des sous – des avocats et surtout des couilles – fuck les haineux et les aigris. Mais ça c’est le plus facile. Ce qui est vraiment dur c’est d’être toujours là !

K: Quelles difficultés as-tu rencontrés ?
W: Bon, il a quand même fallu près de 2ans de bouche à oreille pour que le concept de vendre et acheter un beat via internet se popularise en France. Cela dit, on était persuadé que ça allait prendre, pour nous c’était une question de temps et de faire le boulot correctement auprès de notre public, de leur expliquer que s’ils voulaient commencer à se faire rémunérer pour leur travail de beatmakers avant de se faire signer (ou pas remarque), ils pouvaient placer leurs instrus sur UrbanBeat. Je peux dire aujourd’hui qu’on a plutôt bien travaillé car le site connaît un réel essor grâce à des beatmakers vraiment talentueux et des artistes qui nous font de plus en plus confiance. En 2006 on avait environ 500 instrus sur le site aujourd’hui on est à + de 9000.
Maintenant pour nous le nouveau site propose un gros challenge, permettre aux MC indés de vendre leurs musiques à la manière “Do It Yourself” – même si la majorité pense encore que pour gagner de l’argent faut que son CD soit à la Fnac et toucher 3% dessus – et qu’il faille “éduquer” les artistes à faire du business autour de leur art. Par exemple la seule équation qui fonctionne aujourd’hui c’est le “RTB” = Reason to buy, comprendre donner une raison à son fan d’acheter sa musique, pas simplement sortir un album, ca ne suffit plus. Je pense que nous devons être à l’origine du changement de mentalité dans le hiphop (et Dieu que c’est pas simple) pour proposer des alternatives moderne et en phase avec l’économie actuelle. Mais à terme je pense que nous réussiront notre challenge, comme avec les Beatmakers.

Note de Kasper: Je partage totalement cette vision des choses étant moi-même un adepte du DIY (Do It Yourself). 

K: Alors… Entreprendre en france rêve ou réalité ?
W: C’est une réalité qui ne fait pas rêver quand on a osé franchir le cap et s’investir sérieusement. Quand tu es une petite boite qui essaie de faire les choses carrée et légales et que l’Etat te taxe au ras de la ceinture et qu’en face t’as une concurrence malhonnête qui s’installe c’est claire ça te met le seum.

K: Comment le site se rémunère t-il ?
W: Par les abonnements et commissions principalement, mais je ne vais pas dévoiler le business modèle de notre plateforme 😉

K: Comment avez-vous assuré la promotion d’urbanbeat ?
W: Juste par des heures et des heures de travail sur l’ensemble d’un mix-marketing bien définit et surtout par une “parole” toujours respectée. Quand on dit quelque chose, on le fait.

K: Quel a été l’accueil réservé à urbanbeat ?
W: Au début : perplexité, bâtons dans les roues.
Aujourd’hui : je crois que nous sommes respectés pour ce que nous avons fait et continuons de faire. Je crois aussi que les gens ont compris que notre mission était sincère.

K: Comment voies-tu l’évolution du site ?
W: Nous avons énormément d’idées sur l’avenir et l’évolution du site, mais je ne peux rien dévoiler car nous devons laisser la nouvelle version UrbanBeat vivre un peu. En tout cas nous espérons trouver des partenaires de sérieux qui pourrons nous aider à faire évoluer le site de manière positive et innovante.

K: Qui sont les lecteurs ?
W: Lecteurs ?? Auditeurs tu veux dire ! Notre marché est l’ensemble des acteurs de la musique urbaine indépendante qui souhaite faire de sa musique un business sérieux.

K: Un conseil à donner aux beatmakers qui veulent vivre leur passion et percer dans le hiphop ?
Je ne peux pas vraiment donner de conseil, car je n’ai moi même pas “percé” dans le hiphop (sans doute c’était voulu), mais je peux te donner ma vision du beatmaking. Pour moi un bon beatmaker est celui qui est capable de faire la musique que son âme et ses oreilles ont envie d’entendre. Que d’abord c’est la “musique” et l’émotion qui comptent avant même de penser à faire du business avec. Le business est important bien entendu. Mais le plus important pour moi est de cultiver sons propre style et éviter de faire comme untel ou un tel. Bien sur il faut de l’inspiration et l’originalité pure en matière de musique est très difficile à créer, mais malgré tout c’est cela qu’il faut avoir en tête lorsque l’on crée. Si les MC vous disent que vos instrus sonnent pareils ou se ressemblent, pour moi c’est le meilleur des compliments même si pour eux c’est plutôt une critique. Ca veut dire qu’on peut reconnaitre votre patte en moins de 4 temps. Quand Dre ou Timbo font un son bon bah tu le reconnais directe… bah voilà. Tout est dit.
Aussi je dirai : la capacité à faire des instrus pour des artistes précis en les faisant sortir de leur zone de confort et certainement pas faire du copycat de ce qui marche à un moment T. Car en général c’est les MC qui disent fait moi un sons comme ça ou comme lui…. A mon avis ce n’est pas la bonne démarche. Mais sans doute celle qui faut pour “percer” en tant qu’artiste ? je ne sais pas. Mes derniers sons datent de 2 ans et franchement ils ont pas pris une rides, et ceux qui me connaissent savent que mon égo est tout à fait raisonnable 😉 Pour moi c’est ça être un bon beatmaker : Faire de la musique immortelle.

K: Merci pour cette interview
G: Merci à toi Kasper. Pour fini je voudrai faire un gros big Up à : Zoum, DaYell, Kolera_Music, Ksp, HighP, Nastyone, MagicStick, Bignoyd, Stealt, Geo, MSB, Tsunam et Realbeat. Mais aussi à tous les membres qui nous ont fait confiance jusqu’à ce jour.


Tags: , ,